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« Que pas une de nos actions ne soit pure de la colère » (Aden Arabie, 1931)

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Février 1934 et les écrivains français
* n° 15 de la revue Aden. Paul Nizan et les années trente (novembre 2016) [ ... ]

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Amour et lutte des classes * n° 14 de la revue Aden. Paul Nizan et les années trente (octobre 2015) *
 

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Index de l'article


Christian LEDUEY
(ancien adhérent du G.I.E.N.)

" Je me souviens... " : Au départ, il y a eu 1982. Mon engagement et mes responsabilités départementales dans une association de parents d'élèves m'avaient conduit dans un symposium, dans ce qui était encore alors la RDA, à Rostock très précisément. Elle s'appelait Arlette. Elle était du Pas-de-Calais, moi de Seine-Maritime. Elle fut mon unique adultère. Nous nous vîmes vingt et une fois en trois ans. Nous partagions une même passion, la littérature. Nous écumions toutes les librairies et les bouquinistes du Nord de la France. Nous en parlions sans cesse. Elle avait ses auteurs, j'avais les miens. Puis vint le jour où elle m'offrit Netchaiëv est de retour de Jorge Semprun. Un auteur dont je n'avais encore lu aucune oeuvre. Tout commença rapidement, puisque ce fut dès la page 16 : " Avec un battement de cour, Elie en déchiffra le titre, la Conspiration ". Ce livre en était rempli. Nizan y était omniprésent. Il n'en était pas le héros mais l'ossature : " Quand je pense que j'ai failli coucher avec une femme qui n'a pas lu la Conspiration "; " (.) Lorsque je prendrai mon café, le Concorde commencera sa descente vers New York et tu auras fini de lire la Conspiration. Que tu as de la chance d'avoir encore un moment ce livre dans ton avenir ! ; " Elle s'était souvenu des pages de la Conspiration qu'Elie lui récitait au Luxembourg, pour la séduire ". Ce fut le déclic ! Aussi, peut-on parler de coup de foudre, quand on parle d'amitié littéraire et de surcroît avec un homme ? Oui, puisque ce fut le cas. Semprun achevé, je me précipitais sur Paul Nizan. La Conspiration fut, Semprun avait raison, une révélation. C'était éblouissant !

" Nizan... Aujourd'hui ! " : Depuis, Nizan et moi ne nous sommes jamais quittés. Il a, peu à peu, garni les rayons de ma bibliothèque. J'ai tout lui de lui et sur lui. Je m'épuise à chercher les éditions originales. Je m'offusque lorsqu'en fouillant les étagères des librairies, j'y constate l'absence de Paul Nizan. Cela me paraît tellement scandaleux. Je m'énerve lorsque l'on colle l'étiquette " écrivain communiste " à son nom. Bien des plumes se sont brisées en essayant de définir la notion " d'écrivain communiste ". Aragon en rigole encore ! Les oeuvres de Paul Nizan ne font pas appel, ne font pas référence à des caractéristiques " typiques " du communisme ! Si on doit absolument lui coller une étiquette, alors collons-lui celle d'écrivain " à part ". Car Paul Nizan est, je le crois profondément, un écrivain unique. Il était, en effet, plus intéressé par l'existence au quotidien, par le réveil de la conscience collective du peuple. De plus, il connaît intimement ses personnages et ses romans racontent, non pas des fictions, mais un monde bien ancré dans l'existence contemporaine. Son oeuvre est d'une actualité à perpétuité. Il est écrivain de prospérité. Et ce n'est pas faire preuve de pessimisme que d'écrire cela, ni même de sectarisme.
Et puis, comment ne pas maudire la balle qui l'a tuée ? Comment ne pas maudire le silence qui entoure son oeuvre et son engagement ? Vingt-huit ans après la préface de J.P Sartre.. rien ! Seulement un " Apostrophe " au cours duquel s'exprime Henriette Nizan. Et puis de nouveau. Rien. C'est la raison de mon engagement au sein du G.I.E.N. dont la mission demeure difficile. Notre société, en effet, n'aime plus les bons livres et encore moins les auteurs politiquement, psychologiquement et littérairement incorrectes. Raison de plus pour faire vivre l'oeuvre de Paul Nizan ! Un des derniers écrivains modernes et indémodables. J'avais même envie d'écrire que Nizan, c'est mieux que Zola. J'exagère ?

[Un demi-siècle prochainement et déjà un très heureux grand-père. Responsable du service Communication de la Ville de Valenton (94). Passionné de littérature et en dehors de Paul Nizan, il y a Aragon, H. Barbusse, Kafka, P.Auster, G.Orwell, Philip Roth et David Lodge. Collectionneur de vieux livres et aussi amoureux de cuisine et d'histoire de l'alimentation. Aime aussi la peinture et le ciné]