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« Que pas une de nos actions ne soit pure de la colère » (Aden Arabie, 1931)

Revue ADEN

ADEN 16
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De Cayenne au quai des brumes
* n° 16 de la revue Aden. Paul Nizan et les années trente (mai 2018)   Avant-propos de Fabrice Szabo Philip [ ... ]

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Février 1934 et les écrivains français
* n° 15 de la revue Aden. Paul Nizan et les années trente (novembre 2016)  

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Amour et lutte des classes * n° 14 de la revue Aden. Paul Nizan et les années trente (octobre 2015) *
 

Index de l'article


Anne ROCHE
(ancienne adhérente du G.I.E.N.)

" Je me souviens... " : Je me souviens de Sartre.
J'étais étudiante à Paris, et j'achetais mes livres, quand j'en achetais, à la librairie Maspero. La mode, paraît-il, c'était " Faucher chez Masp ", c'était le titre d'un article de France-Observateur , je crois ( l'ancêtre très lointain de l'actuel Nouvel Observateur ) . Je n'étais pas contre le vol en soi, mais j'étais contre le vol chez Maspero, parce qu'à l'époque c'était une des très rares librairies où ce n'était pas surveillé, où on pouvait faucher sans risque : et puis, faucher chez Maspero, ça voulait dire mettre en difficulté un des très rares éditeurs qui militaient contre la guerre d'Algérie, pour le Tiers Monde. Alors, je payais mes livres, quand j'avais de l'argent pour les livres.
Un jour, j'ai vu un livre au titre bizarre, Aden Arabie . Le nom de l'auteur ne me disait pas grand'chose, mais la préface était de Sartre. Je l'ai acheté. J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. Sartre avait raison : il fallait laisser ce jeune homme parler à ses frères ( à ses sours aussi, pourquoi pas, mais le mot "frères" me convenait).
Je ne connaissais pas Pluvinage, ni la lecture qu'en avait faite Aragon : je découvrais, comme les lecteurs de L'Huma l'avaient découvert avant guerre, un traître, mais la différence avec les lecteurs de l' Huma , c'est que moi je savais, grâce à Sartre, que ce n'était pas un traître, que les traîtres c'étaient les autres.

" Nizan... Aujourd'hui ! " : Depuis, les choses se sont un peu compliquées. J'ai lu beaucoup d'autres choses, sur le pacte germano-soviétique entre autres. J'ai lu Les Communistes , la version autorisée et la précédente. C'est pas mal, comme roman ( il faut le dire aujourd'hui, parce que ce n'est pas vraiment dans l'air du temps). J'ai lu tout Nizan. Quand j'ai été prof, j'ai même fait des cours sur lui, dans la mesure où on trouvait ses ouvres rééditées. Antoine Bloyé . Le Cheval de Troie . Je ne me suis risquée qu'une année à mon préféré, La Conspiration . J'ai lu tous ses articles politiques, ceux que Maspero avait publiés, et puis en dépouillant des revues.
Il me semblait ne rien avoir écrit sur Nizan. Si, finalement, quelques pages dans Les Ecrivains et le Front populaire . Mais j'aime mieux citer une trace plus légère, à la toute fin du livre que j'ai dirigé sur Boris Souvarine et La Critique sociale : " Tant de textes plus récents sont morts. Mais aucun des rédacteurs de La Critique sociale n'aurait désavoué la question posée par les héros de La Conspiration au moment où ils fondent leur propre revue, La Guerre civile : "Est-ce que l'un de vous est assez corrompu pour croire que nous travaillons pour l'éternité ? "

[Anne Roche est l'auteur notamment de Des années trente, groupes et ruptures (en collaboration avec Christian Tarting), Editions du CNRS, 1985 ; Le Front populaire et les écrivains (en collaboration avec Géraldi Leroy), Presses de la Fondation Nationale des Sciences politiques, 1986 ; Boris Souvarine et La Critique sociale (dir.) , La Découverte, 1990, Laure. Une rupture (Correspondance de Colette Peignot avec Boris Souvarine) , Editions des Cendres, 1999, Autobiographie, journal intime et psychanalyse (en collaboration avec Anne Clancier et J.F.Chiantaretto), Anthropos, 2005.]