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« Que pas une de nos actions ne soit pure de la colère » (Aden Arabie, 1931)

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Marleen RENSEN
(adhérente au G.I.E.N. depuis 2002 et Secrétaire-adjointe de celui-ci ; intervenante aux colloques de 2002 et 2008)

" Je me souviens... " : que j'ai découvert l'oeuvre de Paul Nizan comme une jeune étudiante néerlandaise. En 1996, j'ai fait des études à l'Université d'Hull en Angleterre, en participant au programme européen d'échange Erasmus. Là-bas, j'ai suivi un cours sur la littérature française engagée de la première moitié du vingtième siècle.
La Conspiration de Nizan a été un des romans que nous avons lus, à côté des livres d'Aragon, Beauvoir et Sartre. Nizan était un grand inconnu pour moi, au contraire de Beauvoir et Sartre qui sont lus — et traduits — à grande échelle aux Pays-Bas. Je n'avais pas compris grand chose de La Conspiration, mais quelques phrases m'avaient pourtant frappé immédiatement, comme par exemple la suivante : « Personne ne pense avec plus de constance à la mort que les jeune gens, bien qu'ils aient la pudeur de n'en parler que rarement : chaque jour vide leur paraît perdu, la vie ratée [...] C'est ainsi que Laforque et ses amis restaient si tard éveillés, comme pour multiplier leurs chances ». J'avais reconnu dans ce roman la quête existentielle des étudiants de mon âge, particulièrement l'impatience inquiétante de faire quelque chose d'important sans savoir précisément quoi. Nizan avait exprimé mes propres sentiments, non encore traduits par des formules ou des phrases exactes. Bien sûr, j'avais également rencontré des idées similaires — sur la vie et sur la mort — dans d'autres livres, ceux des existentialistes et de Sartre en particulier. Mais il me sembla que Nizan les avait traitées avec plus de vigueur et avec nettement plus de passion.

" Nizan... Aujourd'hui ! " : De retour aux Pays-Bas, j'approfondis mon intérêt pour l'oeuvre de Nizan et je décidai de consacrer mon mémoire de maîtrise à La Conspiration. Ensuite, en 1998, j'ai commencé une thèse de Doctorat à l'Université d'Amsterdam sur des écrivains français dans les années trente. Nizan y est une des figures principales. Il est donc demeuré dans mon travail et dans ma vie, même à présent, où j'ai bouclé ma thèse. Et mon intérêt pour l'homme et l'écrivain n'a pas faibli puisque j'envisage d'introduire son œuvre auprès du public néerlandais qui ne connaît guère son nom.
A mon avis il n'est pas seulement important en tant que porte-parole notoire de sa génération. Sa valeur tient aussi à ses romans, dans lesquels on trouve de belles images sur la vie, la mort, l'amour, l'amitié et l'adolescence qui peuvent plaire également aux lecteurs d'aujourd'hui.

[Marleen Rensen, née à 1974 à Goirle, Les Pays-Bas, est enseignante et chercheuse lié à l'Université d'Amsterdam.
Dernières textes sur Nizan publiés : « Entre Bergson et Sartre. Le temps dans 'La conspiration' de Paul Nizan », Aden, n° 3, 2004 ; « Malraux ? Alors vous êtes Paul Nizan ! L'amitié entre André Malraux et Paul Nizan », ibid., n°2, 2003.
A paraître : Lijden aan de tijd. Franse intellectuelen in het Interbellum.]