Aden 8 dans la presse

juin 6th, 2011

Le Monde diplomatique, décembre 2009

ADEN. « Anticolonialistes des années 1930 et leurs héritages », c’est à des « marginaux oubliés » que la revue a voulu donner la parole, rappelant la « difficulté de l’émergence de l’anticolonialisme ». Introduite par Anne Mathieu et Benjamin Stora, cette livraison publie des articles sur l’exposition coloniale de 1931, sur la personnalité de Daniel Guérin, ainsi que d’émouvants témoignages de l’époque par des figures oubliées. (N°8, octobre, annuel, 25 euros.)

Encres de Loire, janvier 2010

Aden n° 8. Anticolonialistes des années trente et leurs héritages, 433 p., 25 €. ISBN 978-2805901959. Groupe Interdisciplinaire d’Etudes Nizaniennes

Bien avant les années 1950-1960, des voix anticolonialistes marginales préparèrent les conditions du combat postérieur. Ce numéro présente des figures importantes et oubliées de cette lutte en germe, (Habib Bourguiba, Daniel Guérin, Messali Hadj, Magdeleine Paz, ou Andrée Viollis) et montre comment différents courants étaient alors à l’œuvre, offrant une diversité de cet engagement et une complexité également annonciatrices des années d’après-guerre.

Dissidences, 1er semestre 2010

Aden. Paul Nizan et les années trente n°8, octobre 2009, «Anticolonialistes des années trente et leurs héritages », 445 p.

Ce volumineux dossier de cette excellente revue (excellence des thèmes depuis le début et excellence de la forme : reproduction de documents, abondance de notes de bas de pages renseignées, illustrations de Jean-René Kerézéon) aborde cette fois ces militants anticolonialistes, « marginaux » plus ou moins oubliés, car luttant au coeur d’un moment historique hanté prioritairement par les menaces nazies et fascistes. Publiée maintenant par les éditions belges Aden (cela semble aller de soi, n’est-ce pas ?), cette revue accueille pour ce volume quelques spécialistes des thèmes ou des figures anticolonialistes, parmi lesquels, ne soyons pas modestes, figurent deux membres éminents de Dissidences. Thierry Hohl retrace l’évolution d’un Daniel Guérin, qui radicalise ses positions devant « l’impossible réception » de ses analyses dans la S.F.I.O., alors que Vincent Chambarlhac, à partir du roman (inédit) du militant communiste Pierre Sémard, Bamba, le petit diable noir, travaille sur « le monde de significations qui enserre l’imaginaire social du fait colonial » (p. 122). Pierre Herbart (P. Lecoeur), Jean Guéhenno (G. Sat), les littérateurs pour la jeunesse (M. Lévêque), Magdeleine Paz (A. Mathieu), l’Exposition coloniale de Vincennes de 1931 (A. Ruscio) ou les positions différentes des familles politiques de la gauche révolutionnaire au temps du Front populaire forment la trame de ce panorama. On regrettera peut-être le caractère daté (1983) de ce dernier article, de Benjamin Stora, qui, bien que fort éclairant, aurait sans aucun doute mérité d’être retravaillé, plutôt que simplement « remanié » (p. 19), la majorité des travaux cités étant vraiment anciens. L’entretien que cet auteur accorde à la revue permet de préciser certains points, néanmoins. La seconde partie, comme à l’accoutumée, comporte des textes, des témoignages dont une vingtaine de pages consacrées à Andrée Viollis, une des grandes « Voix » anticolonialistes de ces années trente. Comme toute revue qui se respecte, les comptes rendus divers terminent ce volume. Au final, qu’on nous permette de paraphraser Paul Nizan : la France possédait une littérature coloniale, reflet de son empire colonial, et cela ne pouvait que susciter une littérature anticoloniale. Les écrits contrastés – humanistes, proto-réformistes, révoltés, révolutionnaires – des premiers militants et intellectuels anticolonialistes, parmi lesquels on remarque de hautes et nobles figures féminines comme celle de Magdeleine Paz finement retracée par Anne Mathieu, jettent les bases sur lesquelles se solidifieront dans les années cinquante et soixante de puissantes solidarités. Numéro incontournable donc, surtout pour remettre en perspective des combats internationalistes qui ne devaient rien aux problématiques indigénistes ou aux idéologies identitaires si complaisamment exhibées, de nos jours, dans certains lieux.

Gavroche, avril-juin 2010

Les débuts de l’anticolonialisme

La revue Aden poursuit son exploration thématique des années 30 avec un volumineux dossier sur les anticolonialistes de cette décennie charnière. Elle voit en effet l’idéologie colonialiste atteindre des sommets dans l’opinion avec le succès des expositions coloniales qui voient défiler des millions de visiteurs venus communier dans un exotisme de pacotille et la mise en scène de « races inférieures » à qui une « France généreuse » vient apporter les «bienfaits de la civilisation». En même temps, et malgré ce consensus apparent, une critique radicale du colonialisme se développe qui, malgré son caractère minoritaire et marginal, annonce la grande vague des luttes anticoloniales qui suit la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Parmi ces anticolonialistes, la revue met en avant ceux de la gauche socialiste révolutionnaire avec la réédition d’un article de Benjamin Stora sur le sujet. Elle s’intéresse aussi à la figure singulière de Daniel Guérin ou à celle, oubliée, de Magdeleine Paz, ainsi qu’à la critique, ferme mais isolée, de l’Exposition coloniale de Paris (1931). Elle évoque aussi la littérature pour la jeunesse et les écrivains Pierre Herbart et Jean Guéhenno avant une rubrique de textes retrouvés qui rappelle la voix d’écrivains, de journalistes et de témoins engagés de l’époque, en particulier celle d’André Viollis, dont le témoignage Indochine SOS a été récemment réédité. Malgré l’intérêt de certains de ces textes, l’on ne peut s’empêcher de leur trouver une tonalité assez « Front populaire », voire « compagnons de route » – sensible dans le choix des journaux et revues d’où la plupart sont extraits (Libération, Marianne, Vendredi, Les Volontaires, Vu, etc.) – à l’exception de l’article de Jean Leunois paru dans la revue syndicaliste La Révolution prolétarienne. Ce dossier est accompagné des rubriques habituelles de la revue (« Du côté de Paul Nizan» ; « Comptes rendus de lecture »).

[La mise en ligne de cette revue de presse est due à Thierry Altman]

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Aden 7 dans la presse

juin 6th, 2011

Quinzinzinli, automne 2008

ADEN, PAUL NIZAN ET LES ANNÉES 30

Bien sûr, il y a quelques similitudes de parcours et de pensée entre Paul Nizan et Régis Messac, mais nous attendions surtout ce numéro d’Aden, consacré au pacifisme et à l’antimilitarisme des années trente, pour l’article que nous avait annoncé Natacha Vas Deyres sur Régis Messac et Jacques Spitz : « Guerre et paix dans la science-fiction française des années trente » (voir extraits en p. 14 & 15). Par la même occasion, nous y avons découvert l’intéressant compte rendu de lecture que donne François Ouellet de Quinzinziuli (voir extraits en p. 16).

Notre attention à ce numéro porte également sur un article d’Arnaud Blouin : “La Révolution prolétarienne ” qui n’est autre que le titre éponyme de la revue « syndicaliste révolutionnaire » à laquelle Régis Messac a apporté sa contribution. Malgré quelques erreurs relevées dans les notes, cet article nous offre quelques éléments de recherche sur la Ligue internationale des combattants de la paix (voir à ce propos en p. 14), et sur l’œuvre journalistique de Messac à travers deux des organes de presse pacifistes auxquels il a collaboré : La Patrie humaine et Le Barrage. Des références biographiques aussi sur plusieurs de ses amis et des collaborateurs de la revue des Primaires. Il ressort de la lecture de cet article comme de quelques autres que les enseignants, les instituteurs en particulier, ont joué un rôle important dans le mouvement pacifiste de l’entre-deux-guerres.

Figure aussi au sommaire de ce numéro, un article sur le thème dit de « la Révolution culturelle de Mai 1968 et des pamphlets dans les années trente ». On ne peut que regretter, sinon déplorer, que Régis Messac et son essai La Révolution culturelle (Nouvel-Âge, 1938-1939) n’aient pas retenu l’attention de l’auteur de l’article. Enfin, nous avons été ravis de trouver dans ce numéro d’Aden un hommage rendu par Eric Nadaud à Robert Fuzier, journaliste socialiste et collaborateur de Léo Lagrange, dont nous publions (ci-contre) un de ses dessins politiques.

Le Monde diplomatique, décembre 2008

ADEN – PAUL NIZAN ET LES ANNÉES TRENTE. Autour du thème « Pacifisme et antimilitarisme », la revue revient sur le pacifisme des syndicalistes révolutionnaires de la revue La Révolution prolétarienne, analyse la place des notions de guerre et de paix dans la science-fiction française des années 1930, donne un aperçu de la gauche pacifiste espagnole… (N° 7. octobre, annuel. 25 euros.)

Dissidences, 1er semestre 2009

Aden. Paul Nizan et les années trente, n° 7, « Pacifisme et antimilitarisme », n° 7, octobre 2008, 395 p.

La dernière parution du Groupe Interdisciplinaire d’Etudes Nizaniennes (G.I.E.N.) de Nantes est centrée sur les thématiques du pacifisme et de l’antimilitarisme, dans l’entre-deux-guerres comme il se doit d’après le bornage de la revue. Une première remarque tout d’abord : les différentes composantes du pacifisme, les pacifismes donc, tiennent une place sensiblement plus importante dans ce dossier que l’antimilitarisme révolutionnaire stricto sensu, tel qu’il pouvait par exemple se repérer au sein du Parti communiste (le fameux « travail anti ») au début des années trente, avant que ce dernier n’adhère au principe de Défense nationale. Membres d’une « minorité héroïque face à l’époque » (d’après V. Chambarlhac), les pacifistes sont de plus divisés, c’est ce qui ressort des contributions, entre autres de Arnaud Blouin (« Le pacifisme du noyau syndicaliste révolutionnaire de La Révolution prolétarienne (1914-1939) »), de Vincent Chambarlhac (« 1914-193… Une mémoire brisée ? Entre marginalisation et fidélité, le combat des pacifistes de la Grande Guerre dans les années 30 ») ou de Pierre-Frédéric Charpentier (« Automne 1939, l’échec face à la guerre. Les cas de Louis Lecoin et de Henri Jeanson »). Ces clivages sont générationnels, mais surtout ils apparaissent et persistent à propos de la nature exacte du régime nazi qui s’installe en Allemagne dès 1933 (une mouture seulement renouvelée du Capital, auquel cas le défaitisme révolutionnaire doit s’appliquer, ou bien menace inédite nécessitant un surcroît d’analyses spécifiquement adaptées ?). L’existence, elle aussi nouvelle, de l’U.R.S.S., premier État ouvrier de la planète pour les uns ou figure tutélaire d’un totalitarisme qui ne demande qu’à s’étendre pour les autres (le régime et le mot, voué, on le sait, à une postérité envahissante), favorise une « confusion irrémédiable » (p. 13). Du projet pacifiste chez l’écrivain Victor Margueritte aux divisions (encore et toujours, donc) parmi les Espagnols, préfigurant les futurs affrontements entre communistes et libertaires à partir de 1937, en passant par le combat des pacifistes de la S.F.I.O .à la veille de la guerre de 1939-1945, qui apparaît comme « un jalon important dans l’histoire des déviations socialistes» (p. 157) forment la trame des articles de Nicolas Di Méo, Gaël Pilorget-Brahic et Eric Nadaud, respectivement. Enfin, une étude de Natacha Vas Deyres qui devrait faire plaisir à l’un des directeurs de notre rédaction, Jean-Guillaume Lanuque, grand « messacquien » s’il en est, « Guerre et Paix dans la science-fiction française des années 30. Sur Régis Messac et Jacques Spitz ». Des documents, comme à chaque dossier, accompagnent les analyses, et on y remarquera des textes de Victor Serge ou d’Angelo Tasca (sous le pseudonyme de André Leroux) mais surtout un violent réquisitoire contre la guerre, Les Acharniens d’Aristophane, pièce adaptée par Paul Nizan en 1937, et rééditée pour la première fois depuis, grâce au travail extraordinaire d’érudition de Romain Piana, chercheur en études théâtrales. L’actualité et les héritages de Nizan (dont un article de Anne Mathieu qui met les « points sur les i» à propos de Bernard-Henri Lévy et un entretien avec le comédien et metteur en scène Didier Bezace, qui a monté Aden Arabie au Théâtre d’Aubervilliers en novembre 2008), de très nombreux comptes rendus de lectures, qui enrichissent nos connaissances culturelles et des illustrations de J.-R. Kerézéon, Marc Deniau et de Robert Fuzier (illustrateur de la presse socialiste dans les années trente, puis de la presse communiste dans les années de guerre froide) complètent ce fort volume. N’en doutons point, il figurera dans votre bibliothèque, entre Antimilitarisme et Révolution de J.- Y. Potel et A.Brossat (UGE, 10-18, 1976) et Objecteurs, insoumis, déserteurs. Histoire des réfractaires en France (Stock 2, 1983).

Gavroche, janvier-mars 2009

ADEN, N° 7, octobre 2008, « Pacifisme et antimilitarisme », 304 p., 25 €

Poursuivant son exploration thématique des années 1930, la revue du « Groupe Interdisciplinaire d’Etudes Nizaniennes » s’intéresse à deux sujets centraux de cette décennie bouleversée : le pacifisme et l’antimilitarisme.

Sont abordés ainsi dans ce dossier, parfois inégal, le pacifisme de l’équipe de la revue syndicaliste révolutionnaire La Révolution prolétarienne, le combat des pacifistes de la guerre de 1914-1918 durant les années 30, le thème de la guerre et de la paix dans la science-fiction française de l’époque, les cas de Louis Lecoin, Henri Jeanson, Victor Margueritte, et celui des pacifistes de la S.F.I.O. On se félicitera, en particulier, de voir des études enfin consacrées à La Révolution prolétarienne qui est, après La Vie ouvrière d’avant 1914, une grande revue syndicaliste dans la tradition de Fernand Pelloutier et de l’autonomie ouvrière. Et l’on peut espérer qu’Aden reviendra ultérieurement sur ce thème décisif pour la période qui est loin d’être épuisé avec ce dossier…

On notera aussi une substantielle rubrique de textes retrouvés où les inconditionnels de Nizan retrouveront la réédition de la pièce d’Aristophane, Les Acharniens , adaptée en 1937 par leur auteur favori ; les autres pourront lire trois articles de Victor Serge sur la marche à la guerre dans le quotidien belge La Wallonie et une analyse originale d’Angelo Tasca sur la résistance au fascisme « pour gagner la paix ».

Comme à l’accoutumée, la revue se termine par les actualités nizaniennes, une copieuse et utile moisson de notes de lecture et l’annonce du thème du prochain numéro : les anticolonialistes des années 30 et leurs héritages.

Courant alternatif, février 2009

Aden, n°7, octobre 2008. Revue du G.I.E.N. (revue du Groupe Interdisciplinaire d’Etudes Nizaniennes), Pacifisme et antimilitarisme, 400 pages, 25 euros

Après avoir eu raison de s’opposer à l’Union sacrée en 1914 (voir numéro spécial de Courant alternatif, “14-18, Le creuset des totalitarismes”), ceux qui, en 1939, sont restés sur la même ligne, ont-ils eu tort ? C’est ce qui se dit souvent, sous le prétexte qu’en 39 il y avait le fascisme et le nazisme et que, par conséquent, l’entrée en guerre aurait été aussi un moyen de les combattre, alors qu’en 1914 aucun fossé idéologique ne séparait les adversaires. Pointés du doigt, les « pacifistes intégraux » à qui l’on reproche, pour n’avoir pas su comprendre que les deux périodes n’étaient pas identiques, d’avoir parfois flirté avec la « collaboration ». Il y en eut, c’est vrai, mais il ne faut pas oublier de dire que parmi les « donneurs de leçon » quelques-uns oublièrent le caractère « impérialiste » de la guerre qui demeurait, comme en 14, le moteur fondamental du conflit. Il y eut, parmi les pacifistes, un Lecoin avec son Manifeste « Paix immédiate », mais aussi d’autres qui, contre le fascisme et contre la démocratie, se proclamaient « révolutionnaires », « défaitistes » et « internationalistes », comme une partie de la rédaction de La Révolution prolétarienne.

Ces questions paraissent lointaines, mais d’un premier abord seulement, car elles touchent de près tous les choix politiques actuels, au centre desquels on trouve un serpent de mer : la démocratie, quelle démocratie ? Sommes-nous condamnés en dernière instance à la défendre ? et dans ce cas autant entrer au P.S. tout de suite (ce que font finalement beaucoup de trotskistes).

Si cela vous interroge, allez donc vous promener dans cette livraison d’Aden et vous y côtoierez Victor Margueritte et Victor Serge, Monatte et Rosmer, Wladimir Pozner et Lecoin, la Paix, la Guerre, les défaites et les espoirs du mouvement ouvrier. Et puis, en prime, vous aurez droit à une vigoureuse charge d’Anne Mathieu qui règle son compte à un dénommé BHL à propos des Chiens de garde de Nizan.

Le prochain numéro de la revue prévu pour octobre 2009 fait saliver : « Anticolonialistes dans les années trente et leurs héritages ».

L’Ours, juillet-août 2009

EN REVUE

Pacifistes, combien de divisions?

« Pacifisme et antimilitarisme » ADEN Paul Nizan et les années trente n° 7 octobre 2008 394 p., 25 €

D’emblée, les auteurs confirment le traumatisme de longue durée que constitua la Grande Guerre et le poids d’un pacifisme « plus jamais ça » qui, comme l’a montré en son temps Antoine Prost, imprègne la société française. Face aux erreurs du traité de Versailles et à l’expansionnisme des régimes fascistes, les pacifistes pressentent le danger d’une nouvelle guerre et se mobilisent contre elle. Mais, incapables de se rassembler, ils se dispersent au sein des partis et organisations, où ils ne constituent souvent qu’une tendance minoritaire.

PACIFISME ET ANTIFASCISME

Car ils sont divisés. Un fossé sépare les plus âgés, influencés par Romain Rolland ou le défaitisme révolutionnaire de Trotski, des plus jeunes, plus sensibles à la nouveauté et à la dangerosité de ces régimes, l’Allemagne nazie et l’U.R.S.S. stalinienne. À cette époque, le concept de totalitarisme n’existe pas encore – Hannah Arendt l’utilisera la première en 1951 – et rares les penseurs qui osent une comparaison entre les deux régimes. Les pacifistes n’interprètent pas tous le nazisme de la même façon : les uns, dans une vision marxiste, n’y voient qu’un ultime avatar du capitalisme annonçant son dépérissement final ; d’autres, plus sensibles à sa nature totalitaire et antisémite, considèrent qu’il représente un danger inédit. De même, les uns croient à l’efficacité d’une alliance antifasciste avec l’U.R.S.S., d’autres n’hésitent pas à condamner sans appel le stalinisme. Le pacte germano-soviétique d’août 1939 accentuera la confusion. Au final, ces divisions affectent aussi bien les modalités d’action des pacifistes, que leur grille de lecture d’événements tels que les accords de Munich de septembre 1938 ou que le pacte germano-soviétique précédemment évoqué.

Dans la première partie, Arnaud Blouin analyse le noyau syndicaliste révolutionnaire de La Révolution prolétarienne de 1914 à 1939 ; Vincent Chambarlhac s’interroge sur « la mémoire brisée » des pacifistes de la Grande Guerre ; Pierre-Frédéric Charpentier propose une étude de cas : l’échec de Louis Lecoin et d’Henri Jeanson face à la guerre à l’automne 1939 ; Natacha Vas Deyres propose une étude originale sur la Guerre et la Paix dans la science-fiction française à travers les œuvres de Régis Messac et Jacques Spitz ; Nicolas Di Méo analyse le pacifisme spécifique du célèbre auteur de La Garçonne, Victor Margueritte ; dans une perspective comparatiste, Gaël Pilorget-Brahic nous fait découvrir la gauche pacifiste espagnole au Congrès mondial contre la guerre de 1932 ; Éric Nadaud brosse un portrait enlevé du dessinateur Robert Fuzier dont il commente un dessin ; enfin, dans une dernière contribution, le même auteur analyse l’évolution des pacifistes au sein de la S.F.I.O .du congrès socialiste de Nantes en juin 1939 à la défaite de la France en juin 1940.

Dans la partie « Textes et témoignages retrouvés », Anthony Glinoer commente quelques chroniques de l’ancien trotskiste et révolutionnaire professionnel, Victor Serge, dans La Wallonie où l’on constate qu’il refuse de croire la guerre inéluctable. Puis Gilles Vergnon présente un article d’Angelo Tasca, publié sous le pseudonyme d’André Leroux, dans Agir pour la paix, pour le socialisme, créé par des blumistes anti-munichois en décembre 1938 et qui montre que, bien que camouflée, la scission de la S.F.I.O. entre blumistes et paul-fauristes est bel et bien en marche. Puis sont présentés les souvenirs de Vladimir Pozner sur Arnold Zweig, l’ancien combattant, qu’il rencontra en 1938, alors qu’il se savait bientôt soldat.

Enfin, la revue a fait le choix courageux de rééditer l’adaptation par Paul Nizan des Archaniens d’Aristophane, adaptation inédite depuis 1937. Dans une postface, Romain Piana, spécialiste du théâtre, présente ce violent réquisitoire contre la guerre, adapté pour Solomon Mikhoels et Benjamin Souskine du Théâtre juif d’État de Moscou.

À partir de ce kaléidoscope, ce numéro propose une stimulante réflexion sur la nébuleuse pacifiste des années trente, ses divisions, ses contradictions et son impuissance face à la guerre.

NOËLLINE CASTAGNEZ

L’émission « A plus d’un titre » de Jacques Munier, sur France Culture, a été consacrée le 19 juin 2009 à la revue Aden (interview d’Anne Mathieu et Guy Palayret). Aden y avait été évoqué auparavant, le 20 janvier, par André Chabin.

[La mise en ligne de cette revue de presse est due à Thierry Altman]

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Aden 6 dans la presse

juin 6th, 2011

Le Monde diplomatique, novembre 2007

Aden – Paul Nizan et les années trente Dans la dernière livraison, consacrée à « Féminisme et communisme », un article sur  l’instrumentalisation littéraire du thème communiste dans le roman de Louis Aragon, Les Cloches de Bâle, Dolorès Ibarurri, Marie Curie, les trois premières femmes ministres du Front populaire (à une époque où les femmes n’avaient pas encore le droit de vote…), etc.

Le Magazine littéraire, janvier 2008

La revue des revues

Aden, comme il se doit, aborde Paul Nizan et les années 30 : riche et gros dossier « Féminisme & Communisme » évoquant Henriette, sa femme, ou Simone Téry, son égérie, sur fond de Front populaire, guerre d’Espagne et montée du nazisme.

Serge Safran.

Courant alternatif, janvier 2008

Dans cette dernière livraison de la revue d’études nizaniennes, on trouve une quantité impressionnante d’approches et de personnages différents. Et c’est bien cela qui en fait l’intérêt. D’abord parce que ce foisonnement reflète à merveille ce que furent les années d’entre les deux guerres, ces multiples respirations entre deux horreurs capitalistes. Une période souvent mal comprise et qui attire des jugements lapidaires, des salves d’amour ou de haine distribuées sans nuances. Il importerait pourtant de mieux la renifler afin de mieux saisir notre présent.

Le communisme dont il est question est bien celui de cette période, du Parti et de ses dissidences, parfois, mais rarement, libertaire. Le féminisme également, qui ferait bondir bien des radicales, et même des radicaux. Evidemment, souvent « femmes de … » comme M.-C. Vaillant Couturier entre père et mari, elles revendiquent l’égalité mais sont rarement critiques de la famille et du patriarcat. Mais après tout, ce féminisme-là d’il y a 70 ou 80 ans, qui se pose la question de la spécificité de l’oppression des femmes – sont-elles seulement des prolétaires ? – vaut largement celui, post-moderne, de la parité dans les conseils d’administration ou sur les listes électorales. Et, au moins, c’est le plus souvent en termes de classes que les questions sont posées.

On croise des femmes assez connues des milieux militants, comme Magdeleine Paz, Federica Montseny, Dolores Ibarruri, Ida Mett ou Suzanne Buisson mais on découvre aussi des figures trop éclipsées comme Alice Gerstel l’épouse, elle aussi !, de Rühle, comme Simone Téry ou Andrée Viollis.

Citons, pour terminer, cette phrase de Magdeleine Paz, révolutionnaire, pacifiste et antistalinienne : « Il n’y a pas d’écriture féminine, pas de pensée féminine… Il n’y a que des femmes qui s’enferment dans des genres (littéraires) dévolus socialement aux femmes. »

Les prochains numéros de la revue porteront sur « Pacifisme et antimilitarisme », en octobre 2008 ; «Anticolonialisme des années 30 », en octobre 2009 ; « Intellectuels, écrivains et journalistes aux côtés de la république espagnole (1936-1939)» en octobre 2010.

J-P.D.

Alternative libertaire, mai 2008

À l’occasion de sa sixième livraison, la revue Aden. Paul Nizan et les années trente consacre un épais dossier à la question des liens entre « féminisme et communisme ». Le principe éditorial de cette revue est d’explorer les résonances de la politique, de la culture, de l’histoire sur les écritures (qu’elles soient littéraires ou journalistiques) de la décennie qui précèdent la Seconde Guerre mondiale. Le numéro précédent fut consacré aux « Intellectuels, écrivains, journalistes aux côtés de la République espagnole ».

Il est utile de rappeler que le mouvement des femmes n’est pas né dans les années 1960 et 1970, mais qu’il a une longue histoire et que la période de l’entre-deux- guerres fut particulièrement riche, comme le montre le très fourni dossier de « Textes et témoignages retrouvés » que le lecteur peut découvrir dans ce numéro. Les inégalités dans la vie quotidienne et/ou la vie professionnelle, notamment littéraire, suscitent des réflexions toujours aussi pertinentes. Les militantes du mouvement libertaire trouvent leurs places dans ce dossier où sont étudiés aussi bien les parcours de Federica Montseny que des Mujeres Libres, et l’on peut lire un texte d’Ida Mett sur la politique du Front populaire français et la situation en Espagne.

Le lecteur trouvera aussi de nombreux comptes rendus de lecture sur l’actualité éditoriale consacrée à la littérature ou l’histoire des années trente.

Le Grognard, juin 2008

À tous ceux qui doutent parfois du bon état de santé du secteur de l’édition française, à tous ceux que désolent les publications de circonstances, les parutions en rafales relatant les moindres faits et gestes des stars du show-biz, du sport ou de la politique, à tous ceux qui ne supportent plus les best-sellers préfabriqués, les revues élitistes consensuelles et branchées, à tous ceux-là j’ai envie de dire : ne perdez pas espoir. D’irréductibles gaulois continuent encore et toujours à lutter contre la marchandisation et la peopolisation de la « chose littéraire ». Vous en voulez la preuve? Et bien, procurez-vous au plus vite le dernier numéro de la revue Aden, Paul Nizan et les années trente (octobre 2007) consacré à la question des liens entre le féminisme et le communisme durant l’entre deux guerres.

La question de l’émancipation féminine et de la défense des droits fondamentaux des femmes s’est très vite retrouvée mise en parallèle avec les différentes idéologies de libération des individus, qu’elles soient libertaires, individualistes ou collectivistes. Et la difficulté de savoir si la question féminine n’était qu’une dimension d’une problématique plus globale (l’émancipation de tous les individus) ou un problème spécifique et indépendant est naturellement apparue.

Les différents contributeurs du n°6 d’Aden ne nous apportent bien entendu pas de réponses définitives sur ces interrogations – aussi insolubles sans doute que la célèbre énigme de l’œuf et de la poule – mais ils nous offrent, aux travers de leurs études des éléments de réflexion qui ne manquent pas d’intérêt.

Tout d’abord, nous découvrons – ou redécouvrons – une superbe galerie de portraits de femmes qui, à des titres variés et à des degrés divers, ont marqué l’histoire du féminisme : Magdeleine Paz, Louise Weiss, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Simone Téry, Andrée Viollis, Madeleine Jacob etc. Autant de femmes, très différentes les unes des autres, dont les combats ne sont pas toujours les mêmes, mais qui se retrouvent quasi toutes sur un point : la femme est un homme comme les autres ! Et affirmer cela dans les années 30 demande un courage évident et sous-entend, pour celles qui choisissent de mener cette lutte un acharnement indéfectible et quotidien. Et pas seulement contre les « forces réactionnaires», mais aussi, et surtout, paradoxalement, contre les idéologies dites «progressistes» et émancipatrices, notamment le communisme. Car si une partie des grands leaders populaires trouve très « logique » que l’égalité des sexes soit sous-entendue dans le principe de l’égalité pour tous, dans les faits, les engagements publics comme privés restent très mesurés.

Une lettre d’Henriette Nizan à Paul Nizan (reproduite p. 277 et suivantes), pleine de drôlerie et d’élégance, prouve d’ailleurs de manière criante que, si certains hommes trouvent tout à fait normal que les femmes soient de plus en plus nombreuses à se hisser dans le monde des lettres, de la pensée, de la politique… elles ne doivent pas pour autant trop délaisser leurs charges « naturelles » :  s’occuper des enfants, du foyer, de l’intendance… Plus de droits, pourquoi pas… Mais pas moins de devoirs !

La seconde partie de ce sixième numéro d’Aden est bien entendu consacrée plus spécifiquement à Paul Nizan. Le Nantais que je suis est obligé d’accorder une mention spéciale à l’étude que signe Jean-Louis Liters sur la « Rue de la paix ou Nizan à Nantes en pleine Conspiration » qui nous permet de vérifier à quel point Nizan a alimenté la fiction de sa Conspiration à la source des souvenirs très précis de son passage dans la Cité des Ducs.

Stéphane Beau.

Dissidences, décembre 2008

Toujours excellente, à la fois dans ses choix thématiques et dans la rigueur sans faille des articles abondamment pourvus de notes de bas de pages concises mais précises, la revue annuelle de l’équipe du Groupe Interdisciplinaire d’Etudes Nizaniennes (G.I.E.N.) de Nantes propose pour 2007 un copieux numéro sur les rapports entre le(s) combat(s) féministes et le communisme, illustré comme les numéros précédents par Jean-René Kerézéon.

Quasiment toutes les sensibilités du féminisme sont confrontées à cette « grande lueur à l’est » (Jules Romains, Les hommes de bonne volonté, tome 29), qui apparaît, de prime abord, comme « une aurore » annonciatrice de temps nouveaux et comme « un incendie » capable de réduire en cendres tout l’appareil répressif et idéologique dont les femmes sont victimes. Karl Marx n’avait-il pas diagnostiqué que le degré d’évolution d’une société se mesure à la condition faite aux femmes ?

L’ensemble des contributions est construit autour de trois attitudes, trois tendances, trois chemins empruntés par les féministes. La première manière identifie le combat des femmes à celui des opprimés masculins, suivant en cela l’axiome : « Les femmes sont des prolétaires comme les autres ». Donc le problème particulier des femmes n’en est pas un et tout devrait se résoudre avec le bouleversement social. La seconde, elle, introduit un distinguo entre les deux combats car, la femme cumulant « les aliénations (économiques et conjugales) » (p. 13), elle est en quelque sorte « le prolétaire de l’homme » suivant une formule bien connue. La troisième attitude consiste en une mise à distance. A travers des parcours comme ceux de la romancière et journaliste communiste Simone Téry (Angels Santa, p. 113), de la célèbre pacifiste Louise Weiss (Yaël Hirsch, p. 35) ou de l’antifasciste et antistalinienne allemande Alice Rühle-Gerstel, épouse méconnue du théoricien des Conseils ouvriers Otto Rühle, qui se suicida le jour où son mari mourut (Britta Jürgs, p. 133), le lecteur prend conscience de cette diversité des engagements. Des témoignages et des textes, extraits d’ouvrages ou articles, permettent d’entendre ces femmes, nombreuses à prendre la plume (on remarquera la proportion élevée de journalistes) pour faire connaître la situation en Espagne pendant la guerre civile, en Chine, en Allemagne soumise peu à peu au nazisme ou en U.R.S.S. On connaissait la vigueur d’une Andrée Viollis ou de Madeleine Jacob, mais beaucoup moins la figure de l’Américaine Agnès Smedley, qui passa treize ans de sa vie militante aux côtés des communistes chinois, et qui, dans son pays, fut ensuite accusée d’être une espionne communiste.

La dernière partie de ce numéro continue d’explorer les multiples facettes de Paul Nizan, face à Munich ou dans ses rapports avec le groupe surréaliste, dans une passionnante étude de Patrice Allain (p. 287). De nombreuses recensions de livres (près de 70 pages !) terminent ce volume. Le lecteur sensible aux approches diverses pourra comparer, à propos d’un certain nombre d’ouvrages, les comptes rendus de Dissidences et d’Aden. Signalons enfin que ce numéro est dédié à un des fondateurs de ce collectif des études nizaniennes, Maurice Arpin, auquel Anne Mathieu rend hommage.

Clio, n° 29, 16 juin 2009

1. Le rapport entre féminisme et communisme est ambigu, souvent difficile certes, mais parfois aussi productif. C’est ce que démontrent les contributions du numéro 6 d’Aden, revue publiée par le Groupe Interdisciplinaire d’Études Nizaniennes, consacré à cette thématique. L’approche choisie est biographique et littéraire. C’est d’abord à travers la trajectoire et les écrits d’actrices et d’acteurs historiques que sont abordées la question de la place des femmes et du féminisme dans le communisme et, dans le cas de Louise Weiss, celle aussi de l’influence du communisme sur son féminisme libéral. Sont ainsi présentées la journaliste Magdeleine Paz, la photographe Marie-Claude Vaillant-Couturier (dite “Marivo”), la romancière et journaliste Simone Téry, Alice Rühle-Gerstel, romancière, journaliste, psychanalyste et éditrice, Dolores Ibarruri, dite La Pasionaria, et Federica Montseny, toutes deux des dirigeantes du mouvement ouvrier espagnol. Deux textes se penchent sur les représentations des femmes et de leur corps dans le roman communiste à thèse d’inspiration réaliste-socialiste, chez Paul Nizan et Louis Aragon. Enfin, une dernière contribution reconstitue la formation, l’action et les positions des Mujeres Libres, mouvement féministe anarcho-syndicaliste espagnol à l’existence brève (1936-1939), mais d’autant plus remarquable par le radicalisme de ses positions.

2. Dans une deuxième partie du numéro sont rassemblés des textes et des témoignages de la première moitié du XXème siècle et plus particulièrement de l’entre-deux-guerres, qui ont paru dans la presse de gauche française, comme Ce Soir, Vendredi, Marianne, Russie d’aujourd’hui ou encore La Révolution prolétarienne. Si le choix porte d’abord sur des textes provenant d’intellectuelles, de militantes, de journalistes et de romancières françaises avec Suzanne Buisson, Maria Vérone, Raymonde Machard, Hélène Gosset, Andrée Viollis, Édith Thomas, Henriette Valet, Germaine Dulac, Henriette Nizan, Andrée Marty-Capgras, Madeleine Jacob ou encore la traductrice Denise Van Moppès, il comprend aussi des Américaines avec Janet Flanner, Agnès Smedley et Martha Gellhorn, ainsi que l’anarchiste Russe Ida Mett, née Gilman. Il s’agit de textes de femmes ayant accédé à la prise de parole publique, de sensibilités politiques diverses allant du républicanisme radical à la gauche libertaire. Deux grands thèmes organisent cette rubrique : la condition féminine et l’engagement. L’éventail des sujets est large, de la dénonciation de l’exploitation des femmes (et des hommes) dans le capitalisme et la répression exercée par des forces contre-révolutionnaires (comme le Kuomintang en Chine) au reportage ethnographique en passant par la critique de l’hypocrisie de nombreux militants de gauche face à l’égalité, la défense de l’U.R.S.S. et la prise de position en faveur de l’Espagne républicaine. Impossible de résumer tous ces écrits. Mentionnons simplement le texte d’Henriette Valet, intitulé « Maîtres et servantes », véritable protocole d’observation participante dans un bureau de placement de bonnes. De manière sobre, par la simple description des lieux et des modalités d’accueil et la retranscription des bavardages dans cette salle d’attente, se dessine un portrait saisissant de la violence quotidienne qui se joue dans ces structures de « domination rapprochée » que représente le rapport entre employées de maison et leurs patron(ne)s (1).

3. Ce que démontrent les diverses contributions biographiques, c’est que le communisme, s’il a procuré un vecteur pour l’engagement politique, a aussi pu offrir des opportunités d’expression intellectuelle, artistique et culturelle et donner accès à l’espace public à des femmes auxquelles la plupart des sociétés occidentales refusaient encore le droit de vote, mais aussi le statut de personnes politiques. Il a servi d’espace de rencontres stimulantes, de lieu de sociabilité ou simplement de pôle de référence. Sans pour autant que les conditions de réception d’une œuvre soient vraiment égales. D’ailleurs, pour certaines des femmes en question, c’est en tant qu’épouse, compagne ou amante qu’elles s’intègrent à ce milieu. Cela n’empêche pas qu’elles font souvent preuve d’une grande autonomie de pensée, comme c’est le cas d’Alice Rühle-Gerstel – née à Prague dans une famille juive assimilée, mariée à Otto Rühle, un des fondateurs du Parti communiste allemand en 1919, et amie de Milena Jesenska – qui s’efforce de lier la psychologie individuelle et le marxisme et rédige de nombreux textes sur l’émancipation de la femme. Cela dit, c’est surtout la lecture critique de son roman Der Umbruch oder Hanna und die Freiheit (La Révolution ou Hanna et la liberté), malheureusement toujours sans traduction française, qui nous fait découvrir une écrivaine de gauche sans œillères. Celle-ci ne recule pas devant la remise en question de l’évolution soviétique et du parti communiste. Le retour des valeurs « bourgeoises », la fidélité dans le mariage, la glorification de la vie de famille, l’interdiction de l’avortement, tout cela ne va-t-il pas mener au renvoi des femmes au foyer, se demande son héroïne en 1936. Ne faut-il pas quitter le P.C. si l’on veut défendre le socialisme ? Quitter oui, mais pour aller où ? Peu d’écrivains ont osé affronter ouvertement ces dilemmes de la gauche dans les années trente. Et encore moins à partir d’un point de vue féministe.

4. Les deux contributions sur les représentations féminines chez Nizan et Aragon illustrent l’ambiguïté doctrinale du rapport entre communisme et féminisme. Elle se cristallise dans la femme bourgeoise. Ennemie par sa classe, elle est pourtant aussi opprimée par son genre. Oisive, elle est l’image par excellence de ce qu’abhorre idéologiquement le communisme. C’est un parasite de la société. Elle jouit de ses capitaux et les fait mutuellement fructifier. C’est par son capital physique que souvent elle accède au capital tout court. Mais jeunesse et beauté passent et, avec l’âge, elle est renvoyée au fait qu’elle n’était in fine qu’un simple objet d’échange pour les hommes. Victime ou profiteuse ? Séductrice ou abusée ? La position des deux écrivains oscille, mais la réduction de la femme bourgeoise à sa sexualité en tant qu’épouse ou courtisane est fortement teintée de misogynie. A-t-elle sa place dans la lutte du mouvement ouvrier pour le projet d’une société nouvelle ? Aragon, dans son roman à thèse Les cloches de Bâle, ne parvient à trancher le nœud gordien que par un impératif volontariste : la femme doit adhérer au parti (communiste) pour réaliser son émancipation. Or, entre une Clara Zetkin, emblématique de la Femme Nouvelle, et les autres héroïnes, prisonnières de leur origine sociale, il n’y a pas l’esquisse d’une passerelle. Nizan, dans ses romans La Conspiration et Le Cheval de Troie, reste lui aussi prisonnier du schème femme bourgeoise représentante de la classe dominante – femme prolétarienne victime. Si le corps féminin y prend une place importante et qu’il y est décrit avec empathie, c’est d’abord à des fins militantes. Et les personnages féminins ne sont guère de véritables actrices pour elles-mêmes, le plus souvent elles sont simplement présentes aux côtés des hommes.

5. Le grand mérite de ce numéro est d’avoir rassemblé ces itinéraires et ces textes épars, souvent oubliés et difficilement accessibles sans de longues recherches en archives. Mais quels sont les critères de sélection ? Si les contributions sont presque toutes de haut niveau, on aurait néanmoins souhaité une introduction plus fouillée et Magdeleine Paz aurait mérité une présentation moins impressionniste. Dans l’ensemble, cet ouvrage volumineux défriche avec bonheur un terrain historiographique encore largement vierge. Gageons qu’il s’avèrera un outil de travail utile à toute recherche future sur féminisme et communisme. Notons aussi en passant l’utilité du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (DBMOF) qui sert de référence à de nombreuses notices biographiques de ces auteures.

Brigitte Studer.

(1) Dominique Memmi, « Mai 68 ou la crise de la domination rapprochée », in Dominique Damamme, Boris Godille, Frédérique Matonti, Bernard Pudal (Dir.), Mai-Juin 68, Paris, Éditions de l’Atelier, 2008, p. 35-46.

[La mise en ligne de cette revue de presse est due à Thierry Altman]

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